Burundi : Encore des efforts pour rallier des partenaires à la cause du pays

Jeudi 27 Août 2015 - 13:04

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Déjà élu en 2005 et réélu en 2010, Pierre Nkurunziza a débuté son troisième mandat de cinq ans après la récente élection présidentielle qu’il a remportée. Pour prouver qu’il a la maîtrise de la situation dans son pays, l’actuel président vient de nommer un gouvernement de 20 membres essentiellement dominé par des personnalités qui lui sont fidèles même si cinq partisans de l’opposant Agathon Rwassa y font également partie. Parviendra-t-il à gagner la légitimité de la communauté internationale ?

Après le gouvernement, devra suivre indubitablement la nomination des diplomates burundais à l’étranger. Reste à savoir si en dehors de l’Afrique, les pays occidentaux accepteront les représentations diplomatiques burundaises dans leurs capitales.

Pour l’heure, Pierre Nkurunziza semble déterminé à faire accepter le fait accompli en cherchant à rallier des partenaires d’Afrique et d’ailleurs à sa cause. Cela dit parce que la plupart d’entre eux avaient menacé le Burundi de sanctions ou suspendu leurs soutiens. Les Etats-Unis et la Belgique en l’occurrence avaient donné le ton, respectivement, en réfutant la légitimité du scrutin qui s’est tenu dans des conditions de non-crédibilité. Ces deux pays avaient même promis de revoir les termes de leur coopération avec Bujumbura. Aujourd’hui il faut se poser la question de savoir s’il s’agissait des condamnations de principe, ou bien si de telles mesures annoncées continueront à exercer la pression sur le Burundi. Les décisions de ces Etats, bref de la communauté internationale, pèseront-elle toujours quand on sait que toutes les mises en garde n’ont pas eu pour effet d’amener Pierre Nkurunziza à renoncer à son troisième mandat ?

À l’intérieur même du Burundi, malgré des actes que Pierre Nkurunziza pose pour asseoir son pouvoir,  l’opposition et la société civile continuent de contester sa légitimité. La polémique enfle maintenant sur cette légitimité et la légalité du gouvernement qui vient d’être mis en place malgré que l’on y retrouve toutes composantes ethniques du pays.

Devant cette situation, le CNARED, une nouvelle plate-forme réunissant une partie de l’opposition burundaise, qui avait lancé un ultimatum pour la démission de Pierre Nkurunziza appelle maintenant la population à poursuivre les manifestations en guise de désobéissance civile. Cette formation politique avait explicitement indiqué qu’elle ne reconnaîtrait plus Pierre Nkurunziza comme président de la République du Burundi, à partir du 26 août, date de l’expiration du second mandat de l’actuel chef de l’État burundais.

L’appel du CNARED intervient alors que les mouvements de contestation provoqués depuis l’annonce de la candidature de Pierre Nkurunzinza se sont soldés par près d’une centaine de morts. Une partie de l’armée avait d’ailleurs tenté de le déloger à la mi-mai au moyen d’un coup d’Etat, en vain. Cette situation avait conduit les Etats de l’Afrique de l’est sous l’égide du président ougandais Yoweri Museveni, à amorcer des négociations en juillet et tenter de repousser maintes fois les élections pour enrayer cette crise politique et mettre fin aux violences quotidiennes, sans y parvenir. La communauté internationale estimait que le climat d’intimidation et de violences politiques, ainsi que l’absence de médias privés au Burundi, ne permettaient pas des élections crédibles.

Pour les contestataires, le troisième mandat de Pierre Nkurunziza est contraire à l’accord d’Arusha signé en 2000 en Tanzanie sous l’égide de Nelson Mandela. Cet accord avait permis de ramener la paix au Burundi, après 13 ans de guerre civile. Et pierre Nkurunziza faisait partie des signataires de ce document, avec le président Pierre Buyoya.

L’opposition estime que le président burundais discrédite l’accord qui a mis fin à plus de dix ans de guerre civile et assure un partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis parce qu’il l’estime caduc. Une situation qui ravive le spectre des tensions ethniques entre Hutus et Tutsis qui se sont affrontés dans une guerre civile entre 1993 et 2006. À cette époque, l’armée majoritairement tutsie s’était battue contre des groupes rebelles hutus.

Jusqu’à ce jour, le régime mate toute contestation de la société civile avec violence, au point de faire taire les voix dissonantes. D’ailleurs, près de 160 000 Burundais ont fui dans les pays voisins. Les Etats comme la République démocratique du Congo, le Rwanda et la Tanzanie ont reçu un afflux de réfugiés burundais.

Tout compte fait, ce troisième mandat de Pierre Nkurunziza s’annonce sous de mauvais auspices et la communauté internationale craint que la crise politique ne perdure pour se transformer en guerre civile. L’on se demande comment l’actuel président va gouverner, avec tous les sérieux problèmes qui se posent dans son pays, alors même que la contestation est loin d’être terminée.

 

 

 

Nestor N'Gampoula

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