Madingou-2016 : alors, on dit quoi ? (3)

Samedi 3 Septembre 2016 - 18:27

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Il y a comme un air de renouveau dans toute la Vallée du Niari où l’on vit dans l’allégresse soutenue les effets de la municipalisation accélérée de la Bouenza.

Le spectacle de lundi était insolite à Nkayi. Plus d’un habitant est sorti ou a regardé sur le pas de sa porte « comment se comportait la pluie » inhabituelle qui a arrosé la Vallée du Niari, et même Brazzaville, en ce début de semaine. Voir la pluie tomber n’est pas, à vrai dire, un spectacle dans une Vallée qui est de tradition agricole et où, donc, cultures et récoltes sont marquées par des saisons. Et puis, une pluie en pleine saison sèche n’est pas un spectacle si rare : les anciens l’annoncent toujours « la pluie des fleurs de safoutier ») pour peu avant ou peu après le 15 août. Donc la fête de l’Indépendance.

Mais la pluie de lundi avait ceci de particulier qu’elle est la première à tomber sur les nouvelles avenues rutilantes de Nkayi et de Madingou. Les populations voulaient voir de leurs yeux  comment se comportait cette pluie sur les nouvelles voies goudronnées. L’eau était-elle bien drainée ? Que devenaient les mares que depuis toujours la ville a connues, les fameux mabodo (singulier de dibodo) où, dès la moindre bruine les crapauds se réunissent en chorale donnant la sérénade ? Car depuis que Nkayi est Nkayi – c’est-à-dire même quand la ville s’appelait Jacob - il y a des endroits de la ville sucrière où l’on ne pouvait passer qu’en sacrifiant la beauté de ses chaussures à la boue tenace.

Les habitants sont donc partis déambuler sur ces « nouvelles » rues (qui ne sont pas vraiment nouvelles, mais qui le deviennent sous l’effet de l’asphalte qui les revêt désormais). A Madingou déjà, un petit phénomène avait été noté dès la pose du bitume sur la rue de la gare qui naguère était glissante et boueuse : de plus en plus de jeunes marchant sur la chaussée, rien que pour la sensation des pieds au contact de l’asphalte. Nkayi a vécu sa première pluie sans mares pour aller au marché, à l’église ou au temple ou à la gare routière de Mabombo. Ou encore à la Place de la gare où, il y a trois-quatre ans à peine, on ne pouvait pas descendre du train sans retrousser son pantalon !

C’est la Vallée dans son ensemble qui jouit d’un petit quelque chose d’indéfinissable, qui trace de manière subtile un avant et un après qui durera. Cette révolution aide à supporter les quelques nuisances qu’induisent ces mutations. Par exemple, toujours à Nkayi, les populations ne voient désormais qu’irrégulièrement l’eau couler dans les robinets. La cause n’est pas une incurie quelconque de la SNDE, mais des ruptures volontaires de canalisations là où les ingénieurs chinois travaillent encore à redresser des rues, ou poser du bitume ou du béton, dresser des ouvrages urbains comme les caniveaux. On prend son mal en patience.

Lors de la célébration de la fête de l’Indépendance à Madingou, le 15 août, beaucoup d’invités même étrangers se sont concentrés sur le chef-lieu de la Bouenza. Mais Madingou, gros village plutôt que ville affirmée (on ne le dit qu’à voix basse !) n’a pu offrir des structures d’hébergement à tous. C’est ainsi que bon nombre de mes confrères, y compris de notre propre journal, se sont logés dans les villes voisines : à Nkayi ou à Dolisie. Et ils ont fait l’aller-et-retour chaque fois de besoin. Ce fait est banal aujourd’hui, il l’était moins il y a seulement quelques mois.

La construction de la route Pointe-Noire – Brazzaville a rendu la circulation plus fluide dans la Vallée du Niari. Les déplacements ne s’envisagent plus en termes de kilomètres mais de minutes. Plus d’un chauffeur de taxi vous dira : « nous serons à Dolisie dans 30 minutes », parce que les véhicules désormais ne sont plus ceux d’une époque, reconnaissables au fait qu’ils arrivaient dans un nuage de poussière recouvrant conducteur et passagers. Comme disait un petit plaisantin de taximan : « aujourd’hui on arrive dans une ville cravate au cou et non chaussures à la main ».

Eh ! Oui : avant que les routes soient asphaltées dans la Vallée, qui voyageait devait prendre le soin d’ôter ses chaussures d’abord, quitte à utiliser des sandales de substitution pour ne pas arriver tout crotté à son lieu de destination. La municipalisation accélérée dans la Bouenza, au moins dans les localités que j’ai visitées à commencer par Madingou, a insufflé un changement de mentalités et d'habitudes. Les populations vivent comme un rêve tout ce qu’elle leur a apporté. Et plus d’un soupire : « Si seulement cela avait été fait avant ! ».

Lucien Mpama

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