Interview: Nicephore Fylla Saint Eudes: " le boycott n'est pas une attitude responsable"Dimanche 11 Octobre 2015 - 18:14 Dans une interview aux Dépêches de Brazzaville, le président du Parti républicain et libéral, coordonnateur général de la Convention des partis d’opposition ayant pris part au dialogue national de Sibiti revient longuement sur les derniers développements de l’actualité nationale. Il parle notamment du référendum du 25 octobre, commente le projet de la nouvelle Constitution et estime que s’abstenir ou boycotter le référendum « n’est pas une attitude responsable devant l’histoire ». Les Dépêches de Brazzaville : l’actualité politique nationale est dominée par l’annonce de la date du référendum constitutionnel. Vous attendiez-vous à une telle accélération du calendrier politique ? Nicéphore Fylla Saint-Eudes: tout de go, je tiens à vous remercier pour tout l’intérêt que vous accordez au point de vue de notre composante politique, l’Opposition républicaine, en ces moments pathétiques de l’histoire de notre pays. Les 18 formations politiques de l’opposition républicaine que je conduis ne peuvent pas être surprises, ni dire être prises à défaut par l’accélération du calendrier politique, après l’annonce faite par le président de la République du référendum constitutionnel et de sa date. L’activisme débridé des personnalités des partis au pouvoir et proches du pouvoir au sujet de la modification de la loi fondamentale, depuis quelques temps, permettait d’imaginer le scenario actuel. Face à cette agitation effrénée, la plateforme que je conduis, à savoir la Convention des partis républicains, avait opté pour le silence pour ne pas se laisser distraire par cette manœuvre politicienne. Notre préoccupation était de réunir les conditions nécessaires à la préparation et à l’organisation de l’élection présidentielle de juillet 2016. Quelques politiques en quête du sensationnel ont vite mordu à cet appât, espérant susciter par une futile pugnacité l’adhésion de la population à leur pseudo défense de la démocratie et ainsi avoir le beau rôle aux yeux de la communauté internationale. Que nenni ! Leur maladresse politique a donc nourri le débat sur la Constitution qui devenait ainsi l’exutoire de leurs lubies. L’opposition dite « radicale », au lieu de faire bloc avec l’opposition républicaine, en jouant serré contre les manœuvres politiciennes, a préféré la politique de la chaise vide, ruinant ainsi la possibilité d’un front commun contre le pouvoir sur la préparation et la bonne tenue des scrutins à venir. Pour répondre directement à votre question, la convention de l’opposition républicaine avait pressenti ces choses. La cécité politique de certains acteurs a contribué à cette accélération du calendrier. LDB : Quelle est votre position par rapport à ce référendum ? NFSE : force est de reconnaître que le chef de l’Etat a bien joué son coup. Il apparait, au regard du cheminement qu’il a adopté, et contrairement à une certaine opinion, que le président de la République n’impose pas le référendum aux congolaises et aux congolais. Il a procédé par des étapes qui, de notre point de vue peuvent être qualifiées de politiquement correctes, même si nous reconnaissons, au départ, l’inopportunité d’une telle démarche :
Au dialogue de Sibiti, hormis la commission gouvernance électorale qui a pu dégager un consensus, la commission réforme des institutions, par contre, a renvoyé la constance des trois options au président de la République à savoir : l’évolution par la révision de la constitution actuelle ; l’évolution par le changement de la loi fondamentale et le statu quo. Le président de la République à son tour ne pouvant trancher, et, conformément à ses prérogatives constitutionnelles, a préféré renvoyer cette problématique à la responsabilité du souverain primaire, seul qualifié à se prononcer sur l’avenir ou le destin de son pays. C’est encore là une deuxième attitude politiquement correcte. L’opposition républicaine qui préfère le non au oui, pour certains, trouve là l’occasion tout indiquée pour mobiliser ses différentes bases dans le sens souhaité par les uns et les autres. Nous sommes donc favorables à la tenue de cette consultation qui va au-delà des seuls politiques pour ressortir l’aspiration réelle des congolaises et des congolais.
LDB : vous vous dites favorable au référendum appelé par le chef de l’Etat, l’économie générale du projet de la future constitution a été brièvement développée dans le compte rendu du conseil des ministres du 5 octobre, quels sont les points forts que vous, opposant, y relevés à l’aune de celle en cours ? NFSE: je voudrais d’abord souligner avec force et vigueur que ce projet de Constitution présente une ossature qui va au-delà des exigences de la Conférence nationale souveraine. J’en parle en tant que concepteur et acteur de cette constituante. Depuis la fin de la Conférence nationale souveraine, le peuple congolais a pris l’habitude de voter librement ses lois fondamentales. C’est ici l’occasion de l’exhorter, une fois de plus, à rééditer cet exploit dans le cadre d’un scrutin transparent, puisque cette Constitution répond dans son architecture juridique à leurs aspirations profondes. De notre point de vue, l’économie générale de cette nouvelle Constitution peut être synthétisée en ces points suivants :
LDB: Une partie du personnel politique est contre le principe de cette consultation. N’est-ce pas une forme de déni de la démocratie ? NFSE : Les articles 3 et 110 alinéas 3 de la Constitution du 20 janvier 2002 légitiment cette démarche. Lorsqu’on est respectueux des valeurs républicaines on ne peut pas aller à l’encontre d’un avis de la Cour constitutionnelle. Dans le cas présent, cette juridiction en a émis deux. Le premier, de conformité et le second autorisant au président de la République de soumettre cette préoccupation au référendum. Ce qui reste à faire pour l’opposition, c’est de contrer le projet du pouvoir dans et par les urnes. LDB : Allez-vous appeler à l’abstention ou au boycott de ce référendum ? NFSE : comme je viens de le dire. Ce ne serait pas une attitude responsable devant l’histoire. Je crois que chaque Congolaise et chaque Congolais a des convictions ; il faut leur laisser la latitude de l’exprimer au travers du vote. C’est en cela que notre opposition est républicaine. LDB : Qu’avez-vous à dire aux Congolais, à la veille de cette consultation référendaire ? NFSE : nous lançons un appel aux Congolaises et aux Congolais de s’approprier ce moment historique de leur pays pour aller exprimer librement leurs convictions politiques dans le respect des principes républicains et de la paix. LDB : Et pour conclure: Le bien commun à toutes les Congolaises et à tous les Congolais, c’est bien ce cher Congo, un et indivisible. La postérité attend des acteurs politiques actuels, toutes obédiences confondues, le legs d’un pays uni et pacifique. Que les passions ne prennent pas le dessus sur l’essentiel qui est la Nation et que l’adversité politique ne se confonde à la barbarie primitive. On aurait pu gagner du temps si notre classe politique pouvait dépasser le champ de la passion politique doublée de l’émotion naturelle à juger les intentions de l’autre. Je veux dire simplement ceci : que l’erreur ou la faute disons mieux le péché mignon des politiques réside dans la manière d’ériger le soupçon comme l’art de la perception de la rationalité politique. Tout se passe comme si le conflit entre le droit et la politique a trouvé son lieu de réalisation sur la rive droite du fleuve Congo. Je comprends la réticence des uns et des autres sur la capacité à faire confiance à autrui. Je reste constant sur une chose : quand on fait un texte pour viser un individu ou un groupe d’individus, on s’oriente vers la faute. Quand on réagit à contrario pour viser un individu, on commet une grave erreur. Telle est la leçon provisoire que je tire de la lecture de la loi fondamentale de janvier 2002 et aussi de la réaction de ceux qui s’opposent ; argument à l’appui contre toute forme de changement de notre Constitution. Gankama N'Siah Notification:Non |