![]() Révision constitutionnelle : le gouvernement et la Cenco à couteaux tirésJeudi 16 Octobre 2014 - 19:30 Après la mise au point de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) du 14 octobre à la suite des voies de fait sur des membres du clergé catholique dans certains paroisses à l’intérieur du pays, le gouvernement a réaffirmé son attachement au respect du droit sacré de tous les citoyens congolais à émettre leurs avis sur des questions d’intérêt national conformément à l’article 23 de la Constitution relatif à la liberté d’expression. Entre le Gouvernement et la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), rien ne vas plus. Depuis que les Evêques catholiques avaient, en marge de leur visite ad limina à Rome du 11 au 15 septembre 2014, réaffirmé leur opposition à la révision de la Constitution en RDC à travers une lettre adressée aux fidèles catholiques, ils se sont attirés la foudre de tous ceux qui pensent autrement qu’eux. Cette lettre avait donné lieu aux interprétations diverses jusqu’à amener certains acteurs politiques partisans de la révision constitutionnelle à jeter l’anathème sur les prélats catholiques. Aujourd’hui, la situation a carrément viré à la polémique entre l’église catholique ci-devant représentée par la Cenco et le gouvernement qui considère la fameuse lettre pastorale comme une immixtion de l’église dans la politique. La situation s’est davantage corsée suite à la violence perpétrée contre des ecclésiastiques le 12 octobre dans la Cité de Lodja au Kasaï-Oriental. En effet, des jeunes avaient menacé en pleine messe deux curés à qui ils reprochaient d’avoir lu la lettre de la Cenco. Dans d’autres paroisses de Lodja, le même scenario s’est produit. Le couvent de sœurs de la congrégation de Saint-François d’Assises établit dans cette cité a même été saccagé. Pour la Cenco qui refuse de croire à un quelconque soulèvement d’une partie de fidèles catholiques contre la hiérarchie de l’Église, il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’il s’agit là « d’une manipulation de quelques jeunes non catholiques à des fins inavouées ». Dans une déclaration rendue publique le mercredi 15 octobre, la Cenco précise « qu’en donnant leur position au sujet de la révision ou non des articles verrouillés de la Constitution, les Evêques catholiques, en tant que pasteurs et citoyens congolais, ne se mêlent pas de la politique, mais exercent leur droit et leur mission prophétique de veilleurs et d’éveilleurs des consciences ». Une position qui n’est nullement partagée par le gouvernement qui, par le truchement de son porte-parole Lambert Mende Omalanga, relativise l’idée de manipulation des consciences avancée par les prélats catholiques. « Le gouvernement estime que la liberté de conscience et de pensée proclamée par l’article 22 de la Constitution ne peut être garantie que par un débat citoyen qui est libre, ouvert et interactif par définition. Il constate que certains catholiques congolais ne semblent pas convaincus que pareil débat impliquant l’autonomie morale des protagonistes soit possible dans un lieu de culte. Assimiler globalement ce courant d’opinion à de la manipulation est une déplorable attitude d’intolérance face à la critique. Accuser ceux qui pensent différemment de soi sur une question d’intérêt national de n’être que des manipulés est aux antipodes du débat d’idées serein, constructif et respectueux des personnes que nous sommes tous appelés à promouvoir », peut-on lire dans la mise au point du gouvernement publiée ce jeudi 16 octobre. Qu’à cela ne tienne. Tout en se réservant le droit de saisir les autorités publiques compétentes pour que soit garantie la sécurité des prêtres, des religieux et religieuses, des agents pastoraux ainsi que des lieux de culte, la Cenco invite les fidèles catholiques à prendre une part active aux trois jours de prières qui seront organisées du 17 au 19 octobre 2014 dans les paroisses et différentes communautés sacerdotales et religieuses. L’objectif visé par cette chaîne de prière consiste à implorer la grâce divine pour qu’elle puisse illuminer l’avenir de la nation. Alain Diasso |